Récit d’un bateau ivre

Les vacances n’auront été que de courte durée, le retour dans la vraie vie aura été rapide. Je me sens comme vidé de toute substance, comme fatigué de tout, je n’ai envie de rien, est ce le temps, les choses de ma vie, je ne sais pas ?

J’ai l’impression d’être un robot, je me lève, je vais au travail, souris mécaniquement, je mange, je fais les courses, le ménage, mais tout cela est un automatisme, rien de plus, j’ai l’impression d’être comme anesthésié, comme si je ne pouvais ne plus rien ressentir, c’est comme si j’étais absent de moi même, étrange impression en fait. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas été présent, à vrai dire non, j’ai fait un court passage sur un bateau en partance pour une prison, je pouvais entendre le clapotis des vagues de cette baie du pacifique, je pouvais sentir les embruns marins et le vent gilfait mon visage, je pouvais voir le soleil se refléter sur l’océan et brulait ma peau, un moment magique, un retour chez soi… Mais mis à part ça, cela fait déjà longtemps que je suis absent de moi même.

J’ai la mémoire qui déraille, pourquoi j’oublie sans arrêt de lui téléphoner, pourquoi dois je me mettre un rappel, étrange dénégation, je n’ai pas envie de la voir ce we, non, pas envie de la voir allongée dans un lit d’hopital, pas envie de voir ses cheveux absent, décidément c’est de famille, être absent de soi… NON, je n’ai pas envie de voir ça, de voir ces hommes et femmes en blouses blanches, pas envie de voir l’air désolé des gens qui m’entourent, pas envie de sentir la mort, pas envie de rentrer dans un bar et de me bourrer la gueule à mort, non je n’en ai pas envie et pourtant tel est l’obligation de mes devoirs, c’est bien le minimum que je lui dois…

Mais qui peut comprendre ? Moi même je ne le puis… Je rêve de lui presque chaque nuit, cette nuit fut particulièrement éprouvante, si je pouvais l’oublier, l’effacer d’un trait… Mais comme effacer la trahison ? On me dit que j’ai changé, que je ne souris plus, que je suis fermé, oui, ils ont raison, comment faire autrement ?

Il y a un tout petit phare au loin, qui sait…

Le gruyère de la mémoire

Ma mère a oublié mon prénom un instant, comme évanoui dans les airs ou plutôt dévorer par un crabe vorace, je n’étais plus que le frère de mon frère. Cela ne m’a pas fait de peine pour moi mais pour ma mère car elle s’est bien rendue compte de cela. Mon père fait bonne figure mais je sens qu’il est très fatigué, très éprouvé par tout ça, cela lui a fait plaisir de me voir il était moins seul, pour ma part je me sens fautif, fautif de ne pas être la pour les soutenir, surtout que les prochains mois vont être difficile.

Je sens qu’il a besoin de parler mais qu’en même temps c’est terriblement douloureux et moi j’écoute sans écouter je me sens comme étranger parfois à tout cela, comme quand je suis en intervention au travail, j’estime avoir trop de distance avec tout cela mais n’est ce pas une protection ? Ne vais je pas tout prendre dans la gueule en même temps comme un tsunami ? Possible je ne sais pas, j’ai besoin de réfléchir à tout cela, de l’intérioriser, enfin je ne sais pas, je suis un peu KO, sans doute est ce un processus psychologique normal dans un tel cas. Comment réagir face à la douleur des autres, on ne nous prépare pas à cela.

Certains diront que la vie est injuste, mais la vie n’est elle pas tout simplement la vie ?

Tu sais, tu devrais…

Les gens ont tous quelque chose à te dire, comme s’ils avaient la solution à tout, comme s’ils l’avaient vécu eux mêmes, ils te disent tous la bonne attitude à adopter, comme s’il ne pouvait y avoir qu’une seule bonne attitude, ils sont tous à te parler de ta douleur, à te plaindre, mais ils oublient que ta souffrance n’est rien comparée à la sienne, comment le pourraient ils, ils ne la connaissent pas.

Chose étrange que la douleur, la peine, déchirante, explosive quand la nouvelle te vient et puis tu t’aperçois que des gens n’en ont rien à foutre, tu t’aperçois que le monde continue de tourner, que tu manges, prends le métro, baises, sors… Tu t’aperçois aussi que la douleur est toujours là comme un serpent dans les hautes herbes, invisible mais bien présente, toujours à fleur de peau, tu t’aperçois aussi que les gens sont toujours prompt à juger tes réactions, ta gestion de la douleur, de la maladie de l’autre, rare sont ceux qui sont dans la compassion.

Bizarrement, étrangement je dirais, la plupart du temps cet écho humain ne m’atteint pas, cela glisse sur moi comme un bruit lointain, même si j’avoue que parfois, il y a des pics vertigineux, peut être suis je en train de comprendre pourquoi les montagnes s’écoulent. J’aime rêver. Je souhaite avoir la force de surmonter l’épreuve que passe ma mère, je sais que j’aurai la force, mais à vrai dire j’ai surtout peur qu’elle n’en ait pas assez.

Huitre

J’ai de plus en plus de mal à  communiquer en ce moment, je me referme comme une huitre, je n’ai plus envie de parler de moi à ceux que je connais, plus envie de ressasser les mêmes problèmes, les mêmes interrogations, toujours le même blabla. C’est comme si j’étais mort à l’intérieur, comme si je ne ressentais plus rien, je n’ai plus envie de ressentir à vrai dire, j’ai l’impression de tout faire mal, j’ai l’impression que chaque fois qu’il a ses crises aigües cela me rapproche un peu plus du précipice, comme quelque chose d’inéluctable, un jour je ne me relèverai pas, je le sais… Des amis, oui j’en ai bien sur mais que peuvent ils, rien malheureusement, au mieux ils s’en moquent, au pire, cela va les rendre triste eux même et c’est moi qui devrait encore gérer cela, alors non merci…

Je porte un masque voilà tout, j’en ai si souvent porté, en voilà un de plus que je n’enlève plus ces temps çi, jusqu’à quand ? jusqu’au bout j’espère. Le bout, la fin, le terminus, je l’entrevois de plus en plus comme une délivrance, comme une douce lumière que j’appelle de mes vœux, c’est présent chaque jour, chaque jour…

Lost

On ne peut pas dire que cela aille bien en ce moment, cela fait des jours que je fais des cauchemars. Je rêve de suicide, de meurtres et d’attentats, j’ai rêvé que mon homme se suicidait lentement sous mes yeux, c’était tellement horrible, que j’en pleurais à chaudes larmes dans mon rêve et je me suis réveiller en sursaut en pleurant, c’était tellement intense que j’ai mis quelques minutes pour me remettre tout à fait, se fut vraiment bizarre et encore je ne me souviens pas de tout. L’autre rêve qui m’a un peu marque est celui où je me trouvais dans une ruelle assis dans la rue sur une chaise dans un meeting en train de parler assez vivement avec un ami mais je ne saurais pas dire lequel et tout d’un coup un attentat se produisit, explosion et coup de feu, je ne sais pas, mais je savais qu’Hitler était mort, bizarre non ? Il parait que rêver d’un vivant qui meurt cela lui rajoute 7 ans de vie…

Cela ne va pas fort, mon meilleur ami est loin et il me manque atrocement mais la réciproque n’est peut être pas vrai enfin je ne sais pas, il a peut être du mal à l’exprimer… J’ai un autre ami qui ne va pas bien, je le ressens très fortement mais il refuse toujours de se confier pleinement, pourquoi je ne sais pas trop, je crois qu’il a peur de sa propre sensibilité, je ne sais pas mais je sens que quelque part j’ai peur de le “casser”, c’est bizarre comme sensation, j’aimerais tellement l’aider mais je ne dois pas trop en faire. Et puis il y a mon homme, il est très souvent malade en ce moment, toujours mal au ventre je me demande bien pourquoi je lui demande pourquoi ça va, la réponse est toujours la même, non bien sur, toujours prévoir le temps qu’il va faire pour sortir, toujours faire attention au soleil, à la lumière, à ce qu’il mange, c’est comme une absence de liberté, ou plutôt une absence d’insouciance sans compter son moral qui fait de sacré yoyo et c’est vraiment très usant je trouve, j’ai peur qu’un jour cela ne passe plus, j’ai ai marre de tous cela…

De plus je m’aperçois que mon point de vue sur le couple change de plus en plus, de classique je suis passé à ouvert et maintenant je sens que cela va vers le très ouvert (trop?). J’ai de plus en plus besoin d’espace de liberté et je supporte de moins en moins toutes les petites contraintes liées au couple, quand au couple fusionnel, je n’en parle même pas, cela m’a toujours gonflé mais alors là je ne peux plus le voir en peinture. Alors est ce bien, est ce mal je ne sais pas trop, est ce du à sa maladie, je ne sais pas non plus, c’est juste quelque chose que je sens en moi, j’ai envie de prendre mon temps mais de le faire seul tout en sachant qu’il y a quelqu’un, bizarre non, je sais, je le suis de plus en plus aussi :-p . Donc voilà, j’ai l’impression de tourner au ralenti, de tout faire de travers avec tout le monde, de n’être à ma place nul part et surtout avec personne…

Parcours

Me voilà avec de nouveaux examens et me voilà encore avec les mêmes questions et peut être de nouveaux examens à passer, encore. Bizarrement je découvre que je suis assez patient là dessus, je suis radioactif aujourd’hui et cela m’amuse beaucoup à vrai dire, même si je n’ai pas les muscles et les pouvoirs du Dr Manhattan. Bon cela m’énerve un peu d’aller à doite et à gauche, mais je suis ce parcours pour vraiment connaitre ce que j’ai, même si j’ai une petite voix qui me dit que cela ne va déboucher sur rien, mais bon le principal est que les symptomes se soient pas mal estompés même si cela revient plus par vague et non en continue comme avant. Bref, on verra ça fin juillet.

Lueur

On dit qu’un bonheur n’arrive jamais seul, c’est vrai il est venu, avec un malheur. Ce bonheur, c’est mon meilleur ami qui connait enfin un peu de bonheur et cela me fait véritablement très plaisir pour lui car il le mérite vraiment, mais je ne vais pas m’étendre, on va encore me dire que je ne suis pas objectif :-p . Et le malheur, c’est sa maladie, toujours et éternellement sa maladie (non pas de mon meilleur ami), c’est chiant, usant, fatiguant aussi bien pour lui que pour moi. Il m’arrive de baisser les bras et ce week-end se fût le cas, plus envie de me battre, plus envie d’être ce pilier inébranlable, plus envie de rien du tout, je n’ai même pas mangé c’est pour dire. C’est étrange d’être dans ces moments là, on voit la vie autrement, plus rien n’a d’importance, même pas soi. Beaucoup de questions, trop d’interrogations, trop de liberté d’âme, pas vraiment envie d’être aider, quoique.

Non, je n’ai pas demandé l’aide de mon meilleur ami, quel ami aurais je été pour lui gâcher son si grand bonheur ? Je m’y suis absolument refusé. Alors quoi, ben rien, je n’ai pas demandé d’aide, les mots auraient été trop fort pour les autres, un foulard m’a juste fait oublié quelques heures mon état, ce qui fût déjà bien. Alors qu’en est il ? Sa maladie ne s’est pas envolée, elle sera toujours là, mais son sourire fut comme un rayon d’espoir, alors oui, je ne vais pas super bien, pas mal non plus (quoique) mais je m’accroche et j’essaye de remonter la pente petit à petit, qui disait déjà que “petit à petit on devient moins petit” ? :-)